Les armoires vides, d’Annie ERNAUX

Edition : Gallimard/Collection : Folio

Date : 1974

Nombres de pages : 182 p

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Résumé

Denise Lesur, une jeune fille d’une vingtaine d’années, subit un avortement chez une faiseuse d’ange. De là, remonte à la surface, les souvenirs de son enfance, les ressentiments envers son milieu social.

Mon avis

Les armoires vides est un livre que j’ai véritablement aimé. Certes, le style peut être difficile de prime abord mais, plus le récit avance, plus le style haché, saccadé, empreint d’oralisation, devient nécessaire pour décrire les sentiments âpres de Denise Lesur à l’égard de son milieu social.

Fille de cafétier et d’épicier, Denise est une enfant heureuse pendant ses premières années d’existence où elle passe le plus clair de son temps au café ou à l’épicicerie. Puis, vient le temps où elle doit aller à l’école, la libre pas la communale. Et là, c’est le choc des cultures : Denise comprend qu’il y a un espace, enfin plutôt un gouffre entre son éducation et celle que l’école lui inculque ou celle qu’elle peut observer chez ses nouvelles camarades. Au début, elle jongle très bien entre ces deux milieux, se sentant plus à l’aise dans le monde du bistrot, parmis sa faune si particulière. Puis, les années passant, elle en vient à execrer tout ce qui a lien, de près ou de loin, à cette sphère populaire où tout est sale, excessif et peu conforme au bon goût.

C’est pourquoi, Les armoires vides est un roman sur la souffrance qu’engendre la jalousie, la honte et les humiliations de ne pas faire partir de ce monde des « gens distingués ». Comment accepter encore d’évoluer dans un monde, à l’aspect peu ragoûtant, quand on a goûté aux joies des activités intellectuelles, au plaisir d’être en compagnie de personnes cultivées et distinguées…

« J’ai été coupée en deux, c’est ça, mes parents, ma famille d’ouvriers agricoles, de manoeuvres, et l’école, les bouquins, les Bornins. Le cul entre deux chaises, ça pousse à la haine, il fallait bien choisir. Même si je voulais, je ne pourrais plus parler comme eux, c’est trop tard. « On aurait été davantage heureux si elle avait pas continué ses études ! » qu’il a dit un jour. Moi aussi peut-être.»

Une oeuvre sans concession qui m’a beaucoup parlé.



Mangez-moi, d’Agnès Desarthe

Date : 2006

Edition: l’Olivier / Collection : Points

Nombre de pages : 274 p

Mangez-moi, d'Agnès Desarthe dans Litterature francaise 9782879295312

Quatrième de couverture

« Myriam est un peu perdue, un peu fantaisiste et un peu rêveuse. Un beau jour, elle décide d’ouvrir son restaurant. A sa propre surprise, très bienChez moi devient vite le rendez-vous incontournable des habitants du quartier, le havre chaleureux où tout le monde se retrouve. Dans sa cantine, Myriam ouvre l’appétit et délie les esprits, avec l’instinct, la grâce et la sensualité des artistes aux fourneaux… »

Mon avis

Quel moment de plaisir ai-je passé en me laissant transporter dans ce restaurant si particulier, tenu avec brio par Myriam, ce personnage tellement touchant ! J’ai été émue par sa manière d’être – femme si fragile mais dont l’envie de s’en sortir est plus fort que les vicissitudes de la vie- et par ses réflexions philosophiques, notamment sur le lien parents/enfants qui n’est pas toujours facile à (r)établir.

Par ailleurs, j’ai aimé  l’ambiance de ce restaurant où chacun y trouve sa place grâce à la personnalité de Myriam dont le souci n’est pas de faire de l’argent mais bel et bien de rendre les gens heureux. C’est pourquoi, elle élabore généreusement pleins de plats appétissants (qui donne l’eau à la bouche) et sert ses clients avec une attention tout particulière…Aussi, « mixité sociale et liens intergénérationnels » apparaissent être les maîtres-mots de la cantine de Madame Myriam ! Une vrai leçon d’humanité…

Cependant, certains personnages m’ont dérangé car je les ai trouvés peu crédibles comme Ben, le serveur qui arrive à point nommé, qui-ne-demande-jamais-rien-et-excelle-en-toute-chose ou bien l’étrange et diabolique Octave, extraterrestre à ses heures et surtout amant de Myriam, ce qui d’ailleurs, déclenchera la mise au ban de Myriam.

Mais le texte  m’a tellement fait écho que je ne peux que le louer !

Quelques extraits

« Je hoche la tête, les yeux baissés, comme si j’avais été prise en faute. J’aime tellement les idées, la manière qu’elles ont de s’entrechoquer, de se noyer les unes dans les autres, de se tourner le dos, de brouiller les pistes. Mais j’ai honte de ce penchant, parce que je suis si vite à court de mots, parce que je n’ai pas jamais appris à réfléchir, parce que j’ai la rhétorique d’une oie de ferme »

« Je ressens, dans le même temps, le poids de m’être fait un nouvel ami et le soulagement de n’être plus si seule. »

« Pour bien faire, il ne suffit pas de suivre la route, il faut à tout instant la bitumer du goudron onctueux de nos rêves et de nos espoirs, la tracer mentalement, en s’efforçant de prévoir les inévitables virages et les inégalités du terrain. »



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